Vous êtes malheureux sans le savoir.
Car de là vient la misère de l'homme ;
de ne pouvoir s'envoler, de l'avoir
oublié. Que dirait-on si l'on oubliait de
nager, de marcher, de rester debout, de
s'asseoir ?
Le Piéton de l'air.
Plus de dix ans après la mort de Ionesco, ces lignes
nous rejoignent, au coeur d'une Europe doutant de ses racines,
amnésique de ses certitudes.
L'itinéraire atypique du dramaturge qui se disait «un
incroyant plein de foi» sera peut-être pour nous «le pont
d'argent, éblouissant de lumière» qui reliait les deux bords
de l'abîme et submergeait de joie le Piéton de l'air...
Puisse-t-il dire aujourd'hui, de là-haut : «Je comprends,
maintenant, je comprends la raison de cette joie.»
Le cheminement intérieur de Ionesco est son secret et
le secret de Dieu. La démarche critique de Marguerite
Jean-Blain s'est voulue courtoise, amicale, respectueuse du
texte avant tout et de ceux qui avaient connu l'auteur. Cet
essai propose une approche - une approche seulement - de
l'itinéraire spirituel d'Eugène Ionesco.