La sociologie de l'art dans les pays d'expression française est l'héritière d'une riche - et parfois lourde - tradition qui a développé des appareils théoriques rigoureux et des méthodologies éprouvées. L'efficacité apparente de ce défi sociologique à l'impensé de la production artistique ne va pas sans quelques contreparties. L'approche sociographique du champ artistique a éludé délibérément le propos fondamental de l'oeuvre d'art pour mieux circonscrire périphériquement son contexte et pour en dénoncer les prétextes.
Si l'interrogation des enjeux, des acteurs et des stratégies qui délimitent le champ de la production artistique recèle une vertu critique indéniable, elle assigne par contre l'art à comparaître dans une enceinte où sont cités à charge ses discours et ses justifications idéologiques, sans que puissent lui être comptées le pouvoir de ses signes, la création de formes, de significations, et de formes de significations.
D'autres traditions pourtant sont disponibles, qui nous permettent de rendre compte de la pratique artistique: l'histoire sociale de l'art en Angleterre, la théorie esthétique en Allemagne, la philosophie de l'art en Italie, etc. La réflexion sociologique non seulement doit être assez vaste pour accueillir l'ensemble de ces traditions, mais, suivant en cela les leçons de Pierre Francastel, elle se doit, en questionnant l'art, de se faire questionner par lui. À l'art visité par la sociologie, on peut opposer la sociologie revisitée par l'art.
C'est dans cette perspective que s'est tenu à Grenoble un colloque sur le thème «Art et contemporanéité», se proposant d'ouvrir un espace d'échange à double flux, d'où puissent émerger les interrogations que l'artiste renvoie au monde qui le questionne, en leur donnant forme nouvelle.