De 1949, date où il débarque à New York avec son frère Adolfas après avoir fui sa
Lituanie natale, connu les camps de travail forcé puis de personnes déplacées dans
l'Allemagne de l'immédiat après-guerre, jusqu'en 2012 où il monte Out-Takes from
the Life of a Happy Man avant que ne s'estompent à jamais ses dernières chutes
de pellicule, Jonas Mekas a filmé sa vie : d'abord les années d'exil et les quartiers
pauvres de Brooklyn dans Lost Lost Lost, puis celles, légendaires, de la naissance du
cinéma underground, du mouvement Fluxus et de la culture pop dans Walden, Scenes
from the Life of Andy Warhol, Zefiro Torna ou Happy Birthday to John, enfin celles, plus
intimes, de l'amitié et de l'amour dans As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw
Brief Glimpses of Beauty.
D'un paradis à l'autre, de celui perdu de l'enfance à celui retrouvé du cinéma et de
la poésie, Mekas, selon ses dires, n'a cessé de tourner un seul et même film durant
plus d'un demi-siècle, auquel il donna un moment pour titre, quand il en prit
conscience, Diaries, Notes and Sketches. Par-delà la diversité apparente des
oeuvres, ce petit livre s'efforce de dérouler ce fil rouge, ténu mais continu, quitte à
devoir affronter l'immense work in progress qui vient de s'achever, par la bande pour
certaines mais aussi à bras le corps pour plusieurs d'entre elles, exemplaires de
cette nouvelle Odyssée.