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La légitimité des élus & l'honneur des juges

Manuela Cadelli
  • 09/06/2022
  • Samsa
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Couverture de La légitimité des élus & l'honneur des juges par Manuela Cadelli

Résumé

Dans cet essai, l'autrice prend pour point de départ le constat de la disqualification et du rejet, voire de la haine des juges, du Droit et des droits de l'homme qui s'observe, depuis quelques années dans le débat public, partout en Occident, au prétexte de lutter contre le fameux « gouvernement des juges », non élus.

La thèse défendue vise à démontrer que la Shoah et les exactions du nazisme ont justifié, à partir de la Libération, une refondation à la fois démocratique et civilisationnelle qui a totalement redéfini l'équilibre des institutions et la compréhension des légitimités respectives des pouvoirs élus et de la justice étatique et internationale.

Les élus ont en effet officiellement perdu à cette occasion le monopole de la légitimité démocratique qu'ils revendiquent pourtant, à la faveur du populisme ambiant, de manière aussi absolue qu'anachronique. Les juges étant de leur côté expressément désignés, dans la même séquence historique, comme les gardiens de l'équilibre des institutions publiques, de la pérennité de l'État de droit, en somme des « promesses » définies en vue d'éviter à l'humanité la possibilité d'une redite de la tragédie nazie. Voilà, selon Manuela Cadelli, l'esprit et la lettre de toutes les conventions internationales qui ont suivi la Libération pour consacrer la reconnaissance de nombreux droits fondamentaux dont le respect - « l'héritage » - a été confié aux juges nationaux et internationaux.

Après avoir rappelé qu'elles sont toujours marquées par des croyances ou « dogmes » généralement reconnus comme tels par la société civile et les institutions, l'autrice procède à une analyse historique des relations entre les pouvoirs politiques et la justice étatique en France, en Allemagne et en Belgique, analyse qu'elle fait débuter à la Révolution française et qu'elle complète par une approche philosophique et politique essentiellement à partir de l'enseignement d'Emmanuel Kant et d'Hannah Arendt. Ceci l'amène in fine à poser le constat de la troublante similitude qui marque nos années '20 et la séquence du début du XXe siècle qui a rendu possible le nazisme et la Shoah. Elle démontre ainsi sur la base d'une argumentation solide, à la fois que le régime néolibéral est bien un « totalitarisme » selon les critères qui ont été définis par Hannah Arendt et qu'il emporte presque mécaniquement la disparition de l'État de droit tant il est incompatible avec le rôle dogmatique et anthropologique reconnu après 1945 au Droit et à la Justice.

Manuela Cadelli invite en conclusion les acteurs de justice à urgemment et véritablement entrer en « militance », à la fois dans l'espace public et dans les palais de justice, aux côtés des démocrates soucieux de voir respecter et restaurer les principes et valeurs de la refondation démocratique conçue et instaurée après 1945. Et à oser s'approprier la séquence de la Shoah pour la confronter aux agitateurs de division et de haine qui occupent les débats actuels.

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