Joseph Noulens n'était pas un diplomate de carrière. C'était un homme
politique de premier plan comme la troisième République, tout à la préparation de la Revanche sur l'Allemagne, avait su en engendrer.
[...] L'intérêt de ses « Souvenirs » est triple. Joseph Noulens écrit
d'abord une page d'histoire, ensuite il rend compte avec précision du travail d'un diplomate en temps de crise, enfin c'est un vrai roman d'aventure que l'auteur, sans doute imprégné de la lecture de Jules Vernes,
raconte sans trop se mettre en avant mais avec la conscience d'avoir été à
la hauteur des événements.
La page d'histoire est avant tout celle de l'incroyable désordre qui
règne en Russie après la Révolution de Février. La rupture progressive
des relations entre la Russie des bolcheviks et l'Europe occidentale est
illustrée par de nombreux épisodes vécus par Noulens. Il organise la migration du corps diplomatique en Finlande d'où, rattrapé par la guerre, il
doit regagner la Russie et se rendre à Vologda. Il résiste au harcèlement
auquel sont soumis les diplomates alliés. Il révèle les ambiguïtés américaines à l'égard des soviets. Il témoigne du début des purges et de la répression de masse. Il observe les hésitations soviétiques sur le traitement
à accorder aux alliés. Il déjoue la tentative russe d'utiliser la coopération
française pour former la jeune armée rouge en faisant miroiter une plus
forte résistance à l'influence allemande à défaut d'une reprise des combats. Il soutient la création d'un « gouvernement du Nord » acquis aux
Alliés et appuyé par une force alliée débarquée à Arkhangelsk. Il admire
les exploits de la Légion Tchèque. Enfin il rentre vers la France à travers
la Scandinavie.
[...] Le tableau qu'il trace de l'Europe centrale et orientale au sortir de
la défaite allemande et de la Révolution russe reste, cent ans après, d'une
surprenante et inquiétante actualité.