Présentation de l'éditeur
Steve Rosa
Meurtres pâtissiers
Pour impressionner sa mère venue à Metz rencontrer son futur gendre, le lieutenant Nicolas Reynaud, Eve Morton, libraire spécialisée dans le roman policier, l'emmène visiter le château de Tourville qui s'enorgueillit d'abriter une oeuvre de jeunesse signée Georges de la Tour, la Dame aux Gâteaux. Le château est encore la résidence des dernières descendantes de la famille de Tourville, trois soeurs à la personnalité très marquée.
Très vite, toutefois, ce qui ne devait être qu'une banale excursion touristique se transforme en drame. Deux morts viennent entacher le quotidien de ta famille de Tourville. Des accidents ? Naturellement. Cela ne pourrait rationnellement être autre chose. Seule, Eve s'obstine devant l'impossible et s'entête à croire à des crimes, soupçonnant l'une des trois dames de Tourville d'être une meurtrière. Mais comment prouver ce qui ne peut pas être ?
Et si la réponse à cette énigme résidait dans l'oeuvre de Georges de la Tour ? Forte de ses convictions, Eve devra mettre sa vie en danger avant de percer enfin le secret de la Dame aux Gâteaux.
Après Meurtres à livre ouvert et Meurtres sur bristol, la troisième enquête d'Eve Morton et Nicolas Reynaud, aux frontières de l'impossible, est un formidable clin d'oeil aux énigmes picturales et un hommage au plus grand peintre lorrain.
Extrait
Le petit homme ventru fixait la toile avec un ahurissement incrédule. Par-delà les hautes fenêtres à meneaux de la bibliothèque, le ciel hivernal était d'un gris fer sombre et menaçant. En précédant le groupe de visiteurs, la jeune fille un peu sèche qui faisait fonction de guide avait dû tourner le commutateur de l'imposant lustre de cristal, illuminant la pièce d'une lumière froide et crue qui avait violemment éclairé le tableau que le petit homme continuait de détailler. Il portait un costume anthracite, repassé avec soin, et l'imperméable qu'il avait méticuleusement replié sur le bras à son entrée dans le château n'avait pas bougé. Son regard avait la clarté presque troublante d'un saphir très pur, et une couronne d'argent, que le temps n'avait pas terminé de blanchir, enserrait son crâne aux plaisantes rondeurs.
De sa voix mécanique et un peu trop pointue, la jeune guide mettait un point final à un discours consciencieusement mémorisé.
- Nous achèverons notre visite, Mesdames et Messieurs, par les cuisines du château, où Georges de la Tour, précisément, exécuta la Dame aux Gâteaux. La pièce a naturellement beaucoup changé depuis le XVIIe siècle, mais la cheminée que vous apercevez en arrière-plan derrière Renée de Tourville, est toujours à sa place. Si vous voulez bien me suivre...
Le groupe de visiteurs s'ébranla dans un murmure impressionné. Le petit homme s'arracha avec difficulté à la contemplation de la toile. À regret, il emboîta le pas aux touristes admiratifs. Avant de quitter la bibliothèque aux rayonnages lourds de volumes en maroquin dont certains n'avaient jamais été ouverts, son regard ne put s'empêcher de se tourner une dernière fois en arrière.
Bien sûr, il pouvait se tromper. Mais il ne le pensait pas. Et s'il ne se trompait pas, il lui fallait faire quelque chose.
Mais quoi ?
Un vent coulis s'engouffrait sous les toits ouvragés qui protégeaient vaille que vaille les quais de la gare impériale. Seuls quelques filaments cotonneux obscurcissaient le ciel d'un bleu trop lumineux, mais l'air fouettait encore avec la brûlure un peu cuisante d'une ultime résistance de l'hiver. Le week-end pascal s'annonçait ensoleillé, mais frais.
Le lieutenant de police Nicolas Reynaud resserra sa veste de cuir, d'un geste nerveux qui cachait mal sa fébrilité. Il jeta un regard presque envieux à la jeune femme calmement assise sur le siège inconfortable de la salle d'attente vitrée, les jambes croisées.
- Qu'est-ce que c'est, ton secret ?
Eve Morton leva sur lui l'éclat de ses yeux clairs.
- Quel secret ?
- Tu ressembles à la patience incarnée.
- Je ne vois pas pourq