«L'histoire va dans le sens de la liberté», écrivait Raymond Aron
dans Le Figaro en 1956 à propos de la Révolution hongroise, la
première «révolution anti-totalitaire». Les Hongrois rappelaient
alors aux Occidentaux l'importance de la liberté politique, des
«libertés formelles» méprisées par les marxistes, les droits subjectifs,
la liberté-participation. La question de la liberté contre le
nihilisme politique demeure actuelle en cette aube du troisième
millénaire.
Défenseur inconditionnel de la liberté politique, l'auteur de
L'Opium des intellectuels nous rappelle aussi que la liberté de l'esprit
s'exerce par la raison critique. Rejetant tout système idéologique
clos, Aron a «dialogué», entre autres, avec Marx, Tocqueville,
Clausewitz, Machiavel, Pareto. De Kant à Weber, d'Aristote à
Montesquieu, il conserve la préoccupation du réel et de l'actuel.
La philosophie kantienne de l'histoire occupe ainsi une place importante
dans Paix et guerre entre les nations.
Penseur de la modernité politique et des relations internationales,
Aron s'est confronté à la tradition du réalisme politique et a
réaffirmé, là aussi, le primat de la liberté qui s'acquiert par la
compréhension de l'histoire-se-faisant. Il est l'un des premiers, en
1938, à jeter les fondements de la réflexion sur les totalitarismes et
les religions séculières. Aucun sujet ne rebute le philosophe qui,
après guerre, se fait journaliste, combattant l'esprit fanatique et
polémique. S'efforçant, dans son Essai sur les libertés, de mettre en
lumière la synthèse démocratique de la liberté de choix et de la
liberté-capacité, il répond ainsi par avance à la dérive «illibérale»
que connaissent aujourd'hui certains pays post-totalitaires.
Ces différents aspects de la pensée aronienne ont été débattus
lors d'un colloque international qui s'est tenu à Budapest du 5 au
7 octobre 2000. Pour la première fois en Hongrie, des spécialistes
occidentaux et d'Europe centrale ont confronté leurs points de vue
sur l'Actualité de la pensée de Raymond Aron après la fin du monde
bipolaire.