Zia Maria observait son petit-fils Antoine accusant une pâleur
inhabituelle ; sa vitalité, ordinairement affûtée aux yeux vifs,
posait problème. L'enfant de Joseph et Marlyse, couple trop
confiant par rapport à la prospective de la grand-mère, ne l'apaisait
pas du tout. Elle craignait pour la santé d'Antoine, le surveillait,
missionnait des amies pour effectuer des planques, des
filatures, repérer des pédophiles ou des dealers près de l'école,
déléguait des émissaires pour prendre en chasse des pistages ;
rechercher, épier, rapporter toutes les observations douteuses qui
gravitaient autour de ses petits-enfants : la petite Catherine, le surdoué
Antoine, et l'aîné, sportif, Toussaint.
Souffrant d'une crainte terrible envers cette société pourrie
dont elle notait quotidiennement les informations dans la presse et
les confidences dans son bar des Lesteurs qui associait tous les
dingues et les camés de Toulon, Zia Maria détenait des éléments
sur les péripéties professionnelles et les risques auxquels se soumettaient
les hauts fonctionnaires pour couvrir certains administrateurs
ambitieux, corrompus et pervers qu'épisodiquement son
fils Joseph devait affronter. Marlyse, calcinée dans le feu, Marie-Loup
son ancienne suppléante aux élections législatives, présente
à Joseph son enfant adultérin Marie-Jo âgée de quinze ans.
La reine mère régnait. Elle possédait un cahier de renseignements
précis sur tout ce qui touchait de près ou de loin sa famille
qui gravitait autour de ce centre contaminé. Le bar, certes, représentait
un pôle de commentaires quotidiens, mais également dans
n'importe quel exemple ou cas de figure qui flirtait avec l'illégal.
Tout en vaquant à ses obligations routinières, évoluant avec
patience surprenante, elle se contenait, toujours prête au pire avec
ses armes et ses pigeons, pour éliminer les criminels. Finalement,
cet état d'âme de kamikaze constituait son bonheur, son apostolat,
son mandat, sa raison de vivre et sa mission.