Ça pourrait passer inaperçu, mais
nous manquons cruellement de bonnes nouvelles. Par un phénomène
météorologique inexpliqué, la planète de l'information ne se réchauffe
pas. Les spécialistes du climat en sont convaincus : les plages de grisaille
gagnent du terrain, l'écho côtier souffre, le trait d'humour se cache, la posture
critique se dilue, le ton de la dérision est en voie de disparition.
La bonne nouvelle est en danger, comme les Yanomanis du Brésil victimes
de la déforestation, la pomme Jolibois ou la poule noire de Challans.
Si on devait porter chaque jour sur ses petites épaules le poids de la noirceur
du monde raconté par le menu de l'actualité, on resterait au lit. Une
brise marine fait défaut. Un air vif reste introuvable. Pourquoi serions-nous
astreints à l'austérité ? Partageons-nous une culpabilité ? Sommes-nous
en deuil ?
Pour échapper à l'asphyxie, chaque matin, en dernière page du journal
Sud Ouest, Christian Seguin ouvre ses propres fenêtres sur son actualité à
lui. C'est un parti pris de bonheur à l'heure du café crème, en marge de
l'état de la planète. On y trouve des grands de ce monde, des poulets, des
grands-mères, des ministres de l'Intérieur, des étreintes, des guerres des
étoiles, du beurre dans les épinards, des voisins, des tartes aux pommes et
toutes les grandes manoeuvres de la vie de la jungle.
Petit porteur d'une messagerie heureuse, l'auteur ne se résout pas à regarder
le tableau noir. Au fond, il vaut mieux en rire. La bonne nouvelle est
en nous et nous n'avons aucune raison de céder. C'est pour
cela que rien n'est perdu.