«Dans mon rêve, Hélène et moi longions un cours d'eau qui ressemblait
au canal Saint-Martin et débouchait sur le lac de Zurich. Je reconnaissais
la promenade de l'Utoquai et l'Opéra. Hélène me parlait d'un ton
animé, mais je n'entendais pas ses paroles.
De telles confusions entre deux villes m'arrivent souvent, même à l'état de
veille. Je traverse la Bahnhofstrasse et il me semble que je marche sur les
Grands Boulevards, jusqu'à ce que l'étroitesse de la rue me ramène à la réalité.»
Ce court roman file la métaphore du déménagement, en suggère à la fois la
tentation et la difficulté. Un homme quitte Zurich, où il réside, pour un court
séjour à Paris dont il s'empressera de revenir. Il s'installe à l'hôtel dans sa
propre ville et retourne parfois chez lui en cachette de sa femme. La perspective
des fêtes de Noël en famille ne l'enchante pas. Sa solitude est le prétexte à
de nombreuses réminiscences, le passé semblant l'emporter sur un présent peu
engageant. La traversée de soi se décline sur le mode d'une errance dans les
villes, mais aussi d'une promenade dans la mémoire littéraire et cinématographique.
Au romanesque de la péripétie, ce texte substitue le récit poétique
d'une aventure intérieure.