Plus connue dans les pays anglo-saxons et en France qu'au Québec, la Canadienne Jane Urquhart a écrit dans tous les genres, démontrant, s'il en était besoin, la lumineuse aisance avec laquelle son écriture les chevauche pour rendre compte d'un univers onirique complexe, où les avatars du monde extérieur, gonflés de sens, servent de motifs au monde intérieur des personnages. Ce recueil, fidèle à cette esthétique, mêle poèmes, journal et notes. Tous les textes portent sur Versailles, et beaucoup concernent la relation que Madame de Montespan a entretenue, au fil des ans, avec Louis XIV. Si les héroïnes des fictions ultérieures d'Urquhart échappent aux cadres imposés par la société patriarcale, se constituant par le fait même en sujets, la Montespan et les autres maîtresses de Louis XIV ne peuvent y prétendre : satellites en orbite autour du Soleil, comptant parmi ses richesses, elles se voient pourtant dépossédées de tout, n'étant rien sans lui et la vie à la cour. Ici, la Montespan, reine de beauté et d'esprit, au centre de la vie du roi pendant deux décennies, parle depuis les marges, et pourtant, elle est la voix du recueil. Sa radieuse beauté est à la fois une représentation de la royauté et l'ombre qui permet au roi de briller.