Ce matin-là, Père avait décrit sa propre mort à Fils. En phrases courtes, pas un mot de trop. Fils l'avait écouté, le sourire aux lèvres, la tête renversée en arrière. Bien sûr, il n'y croyait pas. A six heures du soir, Père est entré dans son bureau et s'est écroulé. Il y avait beaucoup de monde. On s'est empressé autour de lui pour voir. On l'a emmené par le long couloir, ses bras traînaient par terre. A ce moment précis, Grand-Père terminait une lettre à Père : " Je rêve que le vole. C'est un présage de mort. Ou bien je ne fais pas assez l'amour. " Il est arrivé avant sa lettre. Trois jours plus tard, sur la tombe de Père, il l'a ouverte au milieu des télégrammes de condoléances. Il n'a pas reconnu sa propre écriture. Grand-Père, Père, Fils, tous les trois portent le même nom, Guiorgui, et forment autant de générations de la famille Arechidzé. Ils vivent en Géorgie, à Tbilissi et à Soukhoumi, sur les rives de la mer Noire. Ce roman raconte leur histoire, en même temps que celle de tout un pays, depuis la soviétisation de la Géorgie en 1921 jusqu'aux conflits armés qui ont fait rage au début des années 90. Le Tiroir au papillon met en scène des personnages inoubliables qui tentent de préserver leur part d'humanité dans un monde qui la nie sans cesse, en même temps qu'il constitue un émouvant plaidoyer contre la bêtise de la guerre.