George Sand a donné en 1839 une nouvelle version de son roman Lélia, Disparu en 1833 et dans lequel les critiques s'étaient complus à lire l'aveu de la frigidité. Frigide, Lélia ? une véritable jouissance est impossible à la femme, tant que la société la maintient dans la servitude. Devenue abbesse des Camaldules, Lélia enseignera à ses jeunes novices comment lutter contre cet asservissement. Le roman, en 1839, a pris une dimension sociale et philosophique qu'il n'avait pas en 1833, et c'est pourquoi nous donnons, contrairement à ce que font d'habitude les éditeurs, cette deuxième version, autrement riche que la première. Son amitié avec Leroux, ses conversations avec Lamennais et surtout sa propre réflexion ont amené l'écrivain à transformer l'histoire de Lélia la mal aimée, la mal aimante, en un vaste roman épique et romantique. L'Italie des fêtes fastueuses y devient aussi l'Italie des carbonari. Le doute universel fait place à un espoir vers une liberté future, même si, dans l'immédiat, ces combattants de la liberté sont persécutés, et si Lélia doit encourir les foudres du tribunal de l'Inquisition.Béatrice Didier est professeur à l'Université de Paris VIII, critique et essayiste, directrice de la revue Corps Ecrit. Elle a publié plusieurs éditions de George Sand et divers articles sur cet auteur. Elle lui a consacré une bonne partie de son livre L'Ecriture-femme (P.U.F., 1981). Elle anime un groupe de recherches sur Georges Sand dans son université et y a organisé un colloque sur Les Manuscrits de George Sand (à paraître, P.U.V., 1988).