Le transfert, reconnu par Freud comme un amour véritable qui surgit de ce que l'on confie à quelqu'un ses pensées les plus intimes, est une aporie pour la psychanalyse, mettant les analystes en demeure d'y répondre de la bonne façon pour permettre la conduite de la cure jusqu'à son terme. Le contre-transfert, soit la somme des sentiments de l'analyste, est-t-il une réponse adéquate ? Freud ne le pensait absolument pas, considérant que le contre-transfert tient à l'insuffisante élucidation de l'inconscient de l'analyste, renvoyant celui-ci à sa propre analyse. Cela n'empêcha pas ses élèves de proposer le contre-transfert comme nouvel instrument de la cure, censé plus performant de reposer sur une communication d'inconscient à inconscient. Ce mouvement pro-contre-transfert, poursuivant son chemin depuis un demi-siècle, s'est mué en vague de fond qui a tout balayé sur son passage : Sigmund Freud, Mélanie Klein, l'ego-psychology. Tout, ou presque tout : on peut considérer que l'enseignement de Lacan s'est d'emblée développé en opposition aux théories du contre-transfert. Répondre de la bonne façon à l'amour de transfert dans l'orientation que Lacan a donnée à la psychanalyse, c'est répondre par le désir de l'analyste d'abord, par son acte ensuite. Encore faut-il lire ces syntagmes "désir de l'analyste", "acte de l'analyste" au regard de la position de l'analyste non comme sujet, mais comme objet.