Le couple est peut-être la grande aventure moderne,
celle que tout un chacun doit aujourd'hui vivre et inventer.
Une épopée du quotidien qui méritait bien une tétralogie,
à l'image de celles que les Grecs, aux sources du théâtre
occidental, consacraient à leur mythologie.
Pas de dieux ici, mais on verra successivement le
couple face à lui-même, se déchirant avec passion autour
d'une table où manquent les assiettes. Puis l'homme en
fuite, avec trois compagnons, sur le lieu le plus au nord de
la Terre (île du Café-club, latitude 83°40'6", au large du
Groenland, à 76km du pôle Nord), essayant de bâtir une
société idéale dans cet espace vierge entre tous. Et l'on
retropuvera la femme, délaissée, désespérée, alcoolisée,
chantant, avec une amie, le refus de l'abandon, l'impossibilité
d'être seule, le désir fondamental... avec une énergie
insubmersible. Le couple enfin sera réuni... avec une tiers
personnage, l'amant, dont l'improbable immixtion promet
quelques difficultés de communication.
La tétralogie de Cendrier, de Luc Cendrier, c'est
avant tout une écriture ; minimale, équilibrée à la virgule
près, où le moindre point de suspension est chargé de sens,
où l'ellipse est une forme ultime d'élégance, où la
musique, le rythme irriguent le signifié.