L'été fut exceptionnellement torride. On entendait la nuit soupirer les chouettes dans les combles du presbytère.
Papa n'ouvrait les volets qu'un moment, tôt le matin, pour faire entrer la fraîcheur d'avant le jour. L'air vif balayait la maison, tout neuf, tout rose, tendre et gentil.
Les fenêtres s'appelaient l'une l'autre, se disaient des secrets de l'impasse à la rue. L'appartement devenait transparent, léger, les tableaux, les objets, les tentures frissonnaient furtivement, chatouillés par le ventcoulis, les meubles trop serrés s'étiraient voluptueusement avec des craquements inattendus.
Insensible aux prodiges, papa décidait qu'il y en avait assez et fermait toutes les issues. On plongeait alors dans une fausse nuit, fantomatique, tandis que le soleil flambait déjà sur le mur du clocher de la cathédrale. Nous voguions tout le jour en aveugles.
Papa disait : «On y voit très suffisamment», et criait presque au meurtre si maman se permettait d'entrouvrir un battant de fenêtre. Nous étions au cœur d'un submersible noyé dans la fournaise et la chaleur n'attendait qu'une fausse manœuvre pour nous engloutir.