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Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte

Raquel Capurro
  • 14/11/2001
  • EPEL
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Couverture de Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte par Raquel Capurro

Résumé

Loin d'être cet impérialisme du savoir scientifique que l'on nous enseigne dès les bancs de l'école primaire, le positivisme apparaît ici comme ce qu'il est : une religion. Comte le voulut ainsi, souhaitant qu'il ne soit dissocié ni de sa vie, ni de ses amours, ni même de ses moments d'égarement.

Deux événements saillants marquèrent cette vie : sa rencontre avec la folie au départ de son enseignement (elle devait l'interrompre), et la mort de Clotilde de Vaux, son grand, unique, tardif et chaste amour, qui ne dura qu'un an du vivant de la dame, mais que la religion positiviste devait rendre immortel. Ces deux événements eurent des rapports parfaitement explicites avec sa doctrine.

Enfin dégagé de l'emprise d'Esquirol à l'asile de Charenton, Comte mise sur la science positive comme voie de résolution objective de la folie, mais aussi des questions de société. L'expérience de l'amour puis du deuil de Clotilde bouleversa ces certitudes. Le cœur, qui n'avait pas de place dans son système, faisait désormais valoir ses droits. S'ouvre alors une crise de la méthode objective des sciences. Comte y rencontre les limites de son discours.

Son deuil fut la voie par où lui vint une réponse. Il instaura un culte des morts (combattu par le christianisme, avant que celui-ci ne récupère à son profit la visite au cimetière, geste positiviste par excellence). Toute sa doctrine bascula. Le positivisme comtien devint religion, et le discours de Comte l'envers de qu'il avait été.

Est-il fou à nouveau, Comte ? Faut-il laisser tomber tout ce qu'il écrivit alors et ne garder que sa «première carrière» ? Les disciples se divisèrent. Littré sera la tête la plus visible de ceux qui, sur ce point précis, quittèrent le maître. D'autres, médecins surtout, vont suivre le grand prêtre, instaurant un nouveau sacerdoce. Une pastorale est née. Ce sont les morts qui gouvernent notre destinée, enseignait Comte. Si on l'oublie, on devient malade.

En Amérique Iatine (d'où nous vient ce livre), le positivisme fut bicéphale. Le sud du Brésil accueillit la religion positiviste au point d'en construire les temples. En revanche, à Buenos Aires, Montevideo et ailleurs, l'accent fut mis sur une religion de la science qui ne disait guère son nom.

Que fut donc, en Europe, l'héritage de Comte ? Ce n'est pas le moindre mérite de cette monographie indissociablement clinique, historique, sociale et théorique, que d'ouvrir cette question.

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