Le mythe de Saint-Pétersbourg est inséparable de celui de Pierre le
Grand. Sur des terres marécageuses situées par 60 degrés de latitude
nord, l'empereur titan fait surgir du néant une ville européenne que rien
ne rattache au passé moscovite de la Russie. Défiant la nature et broyant
les hommes, il fait de cette ville la capitale de l'Empire, une capitale
grandiose et tragique, qui fut un sujet particulièrement fécond pour les
écrivains russes qui y vécurent depuis l'aube du XVIIIe siècle jusqu'aux
derniers feux de 1917. Dans son remarquable essai, Antsiferov étudie
l'image de Saint-Pétersbourg dans la littérature russe. Au fil des pages se
dégage un portrait de la ville, dont «Pouchkine a été le dernier chantre
du versant lumineux». Avec sa Néva, ses perspectives, ses palais, mais
aussi ses habitants que menacent l'Histoire et les éléments,
Saint-Pétersbourg a une âme qui se reflète dans les oeuvres des grands
écrivains russes, une âme qu'Antsiferov nous permet de percevoir. La ville
du Cavalier de Bronze n'a pas fini de nous fasciner.