«Bettina et moi, ce soir on mange, on boit et la télé reste allumée.
les images animées font de drôles d'ombres sur les murs et les bruits
remplissent l'espace. on attend que ça se passe. je ne sais quoi. que
quelque chose se passe. les bruits de la télé nous empêchent d'entendre
les cliquetis que font fourchettes, couteaux et verres en contact. c'est
pas plus mal. «tout» est mal parti lorsqu'on entend ce genre de bruits.
ce sont les prémices des séparations, en général. quand on n'a rien à se
dire. j'espère qu'elle va me proposer une partie de jambes en l'air. le
va-et-vient gai luron entre bons amis, ce sont des choses qui se font.
parfois. je guette chacun de ses gestes dans le silence ambiant. fauve
tapis prêt à fondre sur sa proie... hou là... je m'estime beaucoup sur le
coup...»
Il n'a pas trente ans, il n'a pas d'argent et il a tout son temps. Sa
copine Bettina se refuse à lui depuis des mois. Tout à l'heure, il ira
pointer aux Assedic puis se résoudra à l'amour tarifé. Il passera le reste
de la journée à zapper sur les chaînes hertziennes. La vie lui est indifférente.
Mais, pour éviter de se voir, il scotche des pages de
journaux sur le miroir de sa salle de bains. Lorsqu'il décide de
recueillir son demi-frère fugueur, rien n'indique que de leur rencontre
naîtra une fraternité...
Bercé par la petite mélodie de l'ultramoderne solitude, macadam
frangin est le récit drolatique et désenchanté d'une existence en
minuscules, celle d'un «homme creux» égaré dans un monde trop
plein.