Le duende... Où est le duende ? À travers l'arche vide passe un vent de
la pensée qui souffle avec insistance sur les têtes des morts, à la recherche
de nouveaux paysages et d'accents
ignorés : un vent qui
fleure la salive d'enfant, l'herbe
broyée et le voile de méduse,
qui annonce le baptême perpétuel
des choses qui viennent
d'être créées.
Federico García Lorca
Le duende dort tapi en sa
demeure, il est comme mort,
là où siègent les viscères, ivre
de sang, intoxiqué d'arômes et
d'humeurs, vivant la vie du
dedans, comme un déchet.
Soudain, quelque chose le touche, quelqu'un qui tente de parler ne peut
le faire et, sans rien dire, s'en va chercher les mots du corps, dans un
dédale. Au détour de ses tours il touche au duende, mais gare à son éveil,
il peut détruire : si le déchirement n'est pas mortel, il sera le facteur véritable
de tout ce qui, d'humain, dans l'agonie d'un désir, fait vérité, et
dans un jaillissement fugace, produit cet art différent, hors technique
académique, c'est-à-dire bien au-delà de la muse et de l'ange, et qui est en
rapport étroit avec les marécages de la mort.
Ignacio Gárate-Martínez