«Vous allez aussi vous faire arrêter, il vous faut disparaître et ne plus
avoir de contact avec le secrétariat» avait ordonné Jean Moulin, lorsque
le 12 juin 1943, François-Yves Guillin vint lui annoncer l'arrestation du
général Delestraint.
Alors l'étudiant en médecine Guillin, alias Mercure, qui venait de terminer
ses examens, partit à Paris, où, trois jours plus tôt, Gastaldo
s'était fait arrêter une demi-heure après le général Delestraint. Gastaldo
était détenu à Fresnes. Pourquoi François-Yves Guillin échappa-t-il à la
Gestapo ? Recherché à Lyon lorsqu'il était à Paris puis à Bourg-en-Bresse
pour avoir des nouvelles de son chef, recherché à Bourg, lorsqu'il était
parti quelques jours auparavant, il prit alors le maquis.
À la suite d'un long périple, il reprit ses études de médecine après la
Libération, devint médecin rhumatologue pendant quarante ans. Mais
il ne pouvait oublier ce qu'il devait à la mémoire du général Delestraint,
dont il avait été le secrétaire. Il conservait aussi le souvenir du capitaine
Gastaldo, lui-même très attaché au général.
Dans un coin de sa mémoire, deux grands hommes, que l'histoire risquait
bien d'oublier, étaient toujours présents. Il avait été du même combat,
mais l'arrestation et la déportation lui avait été épargnées. Il lui fallait
témoigner. Un devoir de mémoire s'imposait.
Alors, de longues années plus tard, vint le projet de rendre justice à ces
deux personnages. Pour mieux le faire, il redevint étudiant à l'Iniversité
Lyon II. Six années qui se terminèrent par une thèse : «Le général
Delestraint, premier chef de l'Armée secrète», éditée en 1995.
L'admiration, la fidélité, la gratitude envers une autre grande figure de
l'Armée secrète ne lâchèrent pas François-Yves Guillin. Ainsi, on découvre
le colonel Gastaldo.
Le récit de cette vie nous rend vivant un homme aussi discret
qu'attachant. Un authentique héros !