Ils étaient six frères. Tous furent mobilisés et envoyés sur les fronts de cette
impitoyable guerre : l'Alsace, la Fontenelle, le Linge, le Barrenkopf, le Viel-Armand,
Verdun, le Chemin des Dames, la Maison du Passeur, Ypres, Nieuport,
le mont Kemmel, Moreuil, Montdidier, la Grande poursuite...
Au fil des combats, défilent les noms des unités où ils servirent : le 23e régiment
d'infanterie de Bourg-en-Bresse et le 133e de Belley, le 56e régiment d'infanterie
territorial, le 2e chasseurs d'Afrique, le groupe des brancardiers du 51e corps
d'armée, l'ambulance I de la 105e division, le 107e bataillon de chasseurs à pied,
le 116e bataillon de chasseurs alpins, le 256e régiment d'artillerie de campagne, la
133e division du général Passaga puis du général Valentin, l'Académie de Rechésy
du docteur Bucher, etc.
Grâce à leurs correspondances et leurs journaux de guerre, au gré de leurs
albums photographiques, des documents conservés et des souvenirs de famille,
les six frères Saint-Pierre nous font vivre, au plus près, les 1 560 journées de la
Grande Guerre.
La juxtaposition de leurs écrits, présentés au fil des jours, nous livre un tableau
saisissant de cette époque et rapproche en permanence le front de l'arrière. Rares
sont les livres d'histoire ou les monographies qui parviennent à restituer l'ambiance,
la psychologie, la perception politique de cette période cruciale. C'est une
gageure dont s'acquittent les deux tomes réunissant les textes des Saint-Pierre
pour en faire un ensemble vivant et un témoignage unique.
Avec eux, on se faufile dans les tranchées ; on côtoie les états-majors ; on
piétine avec l'artillerie ; on souffre avec les services de santé ; on s'enhardit dans
les arcanes de l'espionnage et on partage les longues périodes d'attente ou de
formation, les courtes et rares permissions. Les courriers intimes révèlent alors
les sentiments des combattants et de leurs proches, leur solitude, leurs certitudes,
parfois aussi leur lassitude, comme en 1917.
Le grand mérite de cette somme, au-delà de son intérêt national, est de servir aussi
l'histoire locale. Celle du département de l'Ain puisqu'on y retrouve des familles
bugistes ou bressanes dont les noms nous sont familiers : Louis, Quais, Adam, Arène,
Putz, Assumel, Bérod, de Boissieu, Lyvoct, Charrassel, Roux, Ganeval, Hote-Bridon,
Sonthonnax et tant d'autres que l'on retrouvera grâce à une table d'index de plus de
1 500 noms de famille afin de faciliter les recherches.