Longtemps méprisé, voire ignoré, le cinéma chinois est désormais
célébré partout dans le monde... sauf dans son propre pays. A l'image
d'une Chine en plein bouleversement, la cinématographie est aujourd'hui
foisonnante, morcelée, à plusieurs vitesses et aux ambitions
contradictoires. En mettant de l'ordre là où il n'en existe plus guère, en
soulignant les virages et les lignes de force, en ouvrant une fenêtre sur
ce «regard des ombres», Luisa Prudentino fait assurément oeuvre
utile, y compris pour les Chinois qui ignorent toute la richesse et l'étendue
de leur production nationale. Au cinéma d'Etat encore marqué
par les exigences de la propagande, s'ajoute une production commerciale
de plus en plus classique proche des canons hollywoodiens et un
cinéma «underground» composé de films tournés sans autorisation et
qui ne sont pas distribués en Chine. Les jeunes réalisateurs y brossent,
sur un mode violemment satirique, le portrait d'une Chine qui n'en
finit pas de se reconstruire sur les ruines du communisme. Le cinéma
chinois offre aujourd'hui un prisme déformant mais formidable à l'histoire
à la fois tragique et grandiose de l'Empire du milieu.
Pierre Haski, Libération, Pékin