La scénographie européenne connaît, aux XVIe et XVIIe siècles, une
évolution d'importance qui aboutit à la naissance de la scène comme tableau,
c'est-à-dire au passage d'un modèle architectural à un modèle pictural.
Lorsque la scène «à l'italienne» devient le modèle dominant, le statut de
l'image théâtrale s'en trouve en effet profondément transformé, au premier
chef dans ses rapports à la peinture. C'est cette problématique qu'on trouvera
donc ici travaillée, à travers l'étude, ancrée dans une histoire matérielle du
théâtre nécessaire à la compréhension des effets visés par la représentation
dramatique, des divers éléments qui contribuent à faire de la scène un tableau :
costumes, décors, cadre, jeu des acteurs, modalités de l'inscription du corps
dans l'espace, organisation de l'espace théâtral.
Des prolongements par le XVIIIe siècle et jusqu'au XXe, à travers
Craig ou Svoboda en particulier, qui pensent la scène comme lieu «abstrait»,
espace où se déploient des jeux symboliques et non un processus d'illusion,
permettront de vérifier que les transformations matérielles des signes non
verbaux de la représentation dramatique ne prennent sens que si on les relie à
l'évolution des conceptions de l'effet dramatique. L'histoire matérielle du
théâtre complète ainsi l'analyse des textes dramatiques pour mettre en lumière
les transformations de l'esthétique théâtrale.