La Houille blanche, l'énergie des torrents d'abord captée par les turbines puis transformée en électricité, a déclenché à la fin du XIXe siècle une véritable ruée pour l'industrialisation des vallées alpines. Chaque site a connu une histoire spécifique liée aux conditions locales comme à la personnalité de son promoteur. Aristide Bergès, l'un de ces aventuriers industriels, doit sa célébrité en Dauphiné pour avoir utilisé les torrents de Belledonne d'une façon originale, en les domestiquant par des chutes de grande hauteur. Il a été consacré "père de la Houille blanche" pour en avoir imaginé le nom ; un véritable mythe s'est ainsi construit autour de ses réalisations à Lancey, rejetant dans l'oubli nombre d'autres pionniers plus discrets. L'un d'eux, Jean-Baptiste Neyret, a exploité différemment l'abondante énergie d'un torrent descendant des cimes de l'Oisons, la Romanche. Il avait créé à Rioupéroux, la papeterie la plus active de la région ; en 180 ans ont été élaborés sur ce site, grâce à la houille blanche, toute une succession de produits industriels depuis la fonte, le papier, puis l'électricité, le carbure, l'acier, le silicium jusqu'à l'aluminium. Le nom des Neyret n'a pas encore disparu des mémoires puisqu'il est resté associé à celui de la plus grande entreprise française de turbines hydrauliques, Neyrpic.