La société crée des barrages pour différer sa propre évolution en mettant en doute le développement des idées nouvelles apportées par les avant-gardes culturelles.
L'évolution de la société est perfectible : alors que l'assimilation du progrès doit être immédiate, sa progression est ralentie, voire stoppée momentanément par ces barrages.
Je subodore avec regret que ce n'est pas le problème des décideurs. Comme l'ensemble de la société, ils se satisfont pleinement des acquis antérieurs. La société profite des avancées culturelles, mais pas en assimilation immédiate : elle incorpore les novations à son profit lorsqu'elle le juge nécessaire, au mépris des créateurs. Ce n'est pas une marche en avant irrésistible vers un but édénique, mais une marche en zigzaguant parmi les méandres de la mode et de ses best, des néos, des institutions culturelles et de ses représentants, des faux-nouveaux-philosophes, des sectes, des ersatz, du goût commun, etc.
Faut-il que les composantes de la société soient solides pour qu'en dépit des égarements de ses choix, elle parvienne en fin de compte à assurer sa survie et son prolongement évolutif grâce à l'assimilation salvatrice, déterminée par elle au moment désiré, de la création la plus forte.