... C'était un drôle de type, dernier couché, premier levé !
Avant d'installer sa halqa, son théâtre en rond, sur la place du village,
quand ça le prenait, il passait par la mosquée, puis par la
synagogue. L'église ? C'était trop loin pour lui ! Et il se mettait à
chanter, à psalmodier en arabe, en hébreu, et même en français !
Était-il Musulman ? Juif ? Chrétien ?
Au village, à Boujaad, pour les Juifs, c'était Moussi, pour les Arabes
et les Berbères, c'était Moussa. Sacré Moussi-Moussa, couci-couça
et vice-versa ! Les Européens l'appelaient Maboul.
Mais pour tout le monde, c'était Mchouga !
Simon Elbaz, à la folie... Mauvais coucheurs s'abstenir. Simon Elbaz
est fou. Complètement m'chouga. Gravement maboul. Il s'est
accroché à ses racines, a travaillé sur son histoire, sur la mémoire et
a ressuscité les djinns de son village. À lui tout seul il s'est refait un
monde de jongleurs et d'acrobates, a pris son luth, posé dessus sa
voix chaude, ses mots drôles. En trois versions, toutes originales :
hébreu, arabe, français. Poète plus que prophète, il passe indifféremment
de la mosquée à la synagogue. Et gare à qui voudrait
l'enfermer dans une quelconque chapelle. Il est venu pour dire et
chanter que chacun est un être unique en amitié avec l'autre, relié,
différent et indispensable.
Pas si fou, Simon Elbaz. Juste auteur, comédien, musicien...
Éric Fottorino