La production contemporaine s'est largement affranchie des repères des modernismes du siècle dernier, ne serait-ce que parce que notre temps ne peut plus croire à l'expérience univoque du monde physique, la question du média étant devenue dominante. L'architecture contemporaine, déjà riche d'un potentiel technique qui lui ouvre les infinies possibilités de ses artefacts, prend dès lors conscience des nouvelles représentations du monde auxquelles donnent lieu ces nouveaux vecteurs du langage, et cherche paradoxalement à les matérialiser. Qu'est-ce que le contemporain? Les premiers invités à répondre à cette redoutable question posée à l'occasion d'une journée d'études, le 8 avril 2004 étaient le dramaturge et metteur en scène Pascal Rambert, les architectes Nicolas Michelin et Frank Vermandel, les artistes Maurice Benayoun et Alain Bourges, l'ingénieur Matthieu Pihouée. Fait suite un dossier consacré, grâce à l'équipe arc en rêve de Bordeaux, à l'oeuvre de Cecil Balmond, ingénieur britannique d'origine sri-lankaise, qui selon Rem Koolhaas « a déstabilisé et même renversé la tradition cartésienne de la stabilité, son répertoire éveillant l'incertitude et l'inconstance du temps présent ». Enfin l'ouvrage s'ouvre à deux architectes, François Andrieux et Xavier Fouquet, et aux artistes Catherine Beaugrand et Éric Rondepierre. Le romancier Stéphane Audeguy clôture cette livraison en exposant comment son projet d'écriture convoque en une « narration erratique mais ordonnée» notre condition contemporaine.