Un nombre de plus en plus important de jeunes est amené à cumuler les handicaps :
échec scolaire, ruptures familiales, chômage, absence de revenu ou de logement. Selon la
Fnars 300 000 jeunes ne bénéficient d'aucune mesure d'insertion, 200 000 d'entre eux sont en
grande difficulté, certains en rupture totale avec la société se sont réfugiés dans l'errance (Le
monde, Edition du mercredi 13 janvier 1999.). Ces situations apparaissent sur fond de malaise
plus général et profond : selon certaines études un adolescent sur deux dit éprouver un
sentiment de solitude, 48,8 % des jeunes indiquent connaître fréquemment une situation de
mal être psychologique, 23 % songent au suicide. La précarité économique, les mutations qui
affectent la structure familiale et engendrent de nouveaux modes de socialisation, génèrent
une fragilisation extrême des individus. Les jeunes payent le plus lourd tribut, qu'il s'agisse de
suicide, de conduite à risques, de drogue, de délinquance, de violences dans la rue ou à l'école,
c'est aussi sous cet angle de la souffrance psychologique que les phénomènes doivent se
comprendre.
Voilà qui conduit à repenser en profondeur nos responsabilités d'adultes à l'égard
des jeunes. Or nous agissons trop souvent en ordre dispersé, ce qui peut nous amener, parents
ou professionnels indifféremment, à nous retrouver absolument démunis devant la gravité de
certaines situations. En effet, les parents nous disent être désorientés par des réponses
professionnelles hétérogènes, aux logiques mal lisibles, pour ne pas dire parfois contradictoires
ou concurrentielles. Quant aux professionnels, c'est à la remise en cause de l'autorité et de la
légitimité de leurs institutions qu'ils doivent faire face, particulièrement dans les domaines de
la santé ou de l'éducation. Le suicide du jeune doit aussi s'évaluer à l'aune du désarroi des
adultes.