Enquêtant sur l'écoute de la ville au XIXe siècle, Olivier Balaÿ cherche,
en prenant pour terrain d'étude la ville de Lyon, à retrouver les principales
composantes du paysage sonore urbain d'hier. Au terme de cette évocation
colorée et parfois surprenante, une certitude est acquise : dans un univers
urbain en pleine mutation, la culture sonore n'a cessé d'évoluer, entre intérêt
et rejet, et le citadin de s'adapter.
S'attachant à raviver quelques-unes de ces attitudes, l'auteur explore les
univers sonores auxquels cinq grands écrivains français du XIXe siècle ont été
réceptifs. Il détaille ensuite les environnements sonores que les utopistes ont
imaginé de toutes pièces pour la ville et l'habitat. Puis il montre à partir de la
lecture des traités d'architecture comment, jusque dans la deuxième moitié du
XIXe siècle, le souci du confort acoustique accompagnait l'art de bâtir. Il
redécouvre ainsi les traces d'une intuition acoustique chez les bâtisseurs, qui
disparaît au moment précis où l'acoustique scientifique s'impose au XXe siècle.
À la fin de cette mise en perspective historique, sont dévoilées les riches
propriétés phoniques de l'espace urbain du XIXe siècle, et avant lui du XVIIIe,
encore perceptibles dans les morphologies urbaines qui ont été conservées
jusqu'à aujourd'hui. L'auteur formule l'espoir qu'une pratique renouvelée de
l'architecture et de l'aménagement urbain saura s'intéresser de nouveau à une
conception créative de l'acoustique. Ainsi pourrait se renouer l'articulation
entre l'art de bâtir et la culture sonore qui l'environne.