Grâce à ses trouées frontalières les plus accessibles de la chaîne des Pyrénées, le
Pays Basque fut, durant les années de l'occupation allemande, la destination majoritairement
choisie par des milliers et des milliers de candidats au départ : jeunes
réfractaires au Service du Travail Obligatoire en Allemagne, Juifs fuyant la répression
nazie, aviateurs et militaires alliés, agents des services de renseignements des
Forces Françaises Libres, ...
Plus d'un demi-siècle après, si les années d'occupation demeurent un sujet sensible,
cette activité de passage l'est davantage encore. Car dès lors que l'on évoque
en Pays Basque les réseaux d'évasion se profile, dans l'instantané, l'un de leurs
indispensables maillons : le passeur, immanquablement associé, non sans raison,
au personnage emblématique du contrebandier.
Hébergeurs, ravitailleurs, guetteurs, passeurs, ... qui étaient-ils ? Quelles étaient
leurs motivations ? Comment ont-ils pris en charge ces vies inconnues qui leur
étaient confiées ? Comment ont-ils guidé, dans la nuit et par tous les temps, des
enfants, des femmes et des hommes, aussi mal équipés que peu habitués aux sentiers
de montagne ?
`Dans l'ombre des passeurs' s'appuie sur de nombreux récits d'anciens acteurs de
ces réseaux d'évasion. Comme tout travail de collecte de mémoire, il repose sur
celles et ceux qui ont accepté de se livrer malgré les réticences à passer ainsi «de
l'ombre à la lumière». Un exercice d'autant plus délicat ici que raconter, se raconter,
est justement à l'opposé de ce que fut le quotidien d'alors où le silence était la
première règle de survie.