De 1866 à 1880 et même un peu au-delà, la
France a envoyé au Japon des missions militaires
pour apporter son aide à la création d'une armée
moderne. Face aux menaces des puissances
étrangères occidentales qui ont obtenu l'ouverture
du pays, les pouvoirs politiques, d'abord le bakufu
puis le gouvernement de la restauration, ont à marche
forcée tenté d'égaler les techniques industrielles et
la force militaire de leurs nouveaux interlocuteurs.
C'est dans ces circonstances que les membres des
missions militaires ont participé à l'entraînement
de l'armée. Louis Kreitmann était l'un d'eux et, par
chance, les carnets qu'il a tenus et les nombreuses
lettres envoyées à sa famille de 1876 à 1878 ont
été conservés. Grâce au patient travail de son petit-fils
Pierre Kreitman et des éditeurs de ce volume,
ces textes peuvent être présentés ici accompagnés
de notes, plans, photographies, ainsi que d'articles
divers et d'autres documents du fonds maintenant
déposé à l'Institut des hautes études japonaises
du Collège de France. Louis Kreitman durant son
séjour au Japon a enseigné la topographie et la
fortification, mais il a aussi voyagé dans diverses
régions. Carnets et lettres n'ont pas été écrits en
vue d'une publication : ils nous transmettent une
vision pleine de vie et de spontanéité des diverses
composantes de la société japonaise à un moment
crucial de son histoire.
Couverture : Carte mondiale, extraite de l'Album
Tayasu du fonds Louis Kreitmann de l'Institut des
hautes études japonaises. Photo Patrick Imbert,
Collège de France.
La carte indique l'itinéraire de retour des «premiers
japonais qui ont fait le tour du monde». En 1794,
un cargo japonais naufragé parvint après cinq mois
de dérive à gagner une des îles Aléoutiennes, qui
étaient alors une des bases de la Compagnie russe
d'Amérique. Installés d'abord à Irkoutsk en Sibérie,
treize survivants furent en 1803 sommés d'aller
à Saint-Pétersbourg où l'empereur Alexandre Ier
envisageait de se servir de leur retour au Japon pour
négocier l'ouverture du commerce avec l'archipel
nippon. Finalement, seuls quatre d'entre eux
entreprirent le voyage avec entre autres Rézanov,
négociateur officiel, qui dirigeait alors la Compagnie
russe d'Amérique. On remarque sur la carte quelques
points de passage, notés en japonais, comme les îles
Canaries, l'île de Santa Catarina au Brésil, les îles
Marquises dans l'Océan Pacifique et le Kamtchatka.
L'équipage, parti de Saint-Pétersbourg, arriva à
Nagasaki au bout de quatorze mois de navigation.