Présentation de l'éditeur
PEINDRE ?
Marcel Alocco
AMATEURS DE SCIENCE, DES CURIEUX AUX CITOYENS
JE N'AI JAMAIS ÉTÉ ÉCRIVAIN PROFESSIONNEL
François Bon
POUR UNE INTELLIGENCE PUBLIQUE DES SCIENCES
Isabelle Stengers
LES AMATEURS D'HISTOIRE NATURELLE : PROMENADES, COLLECTES ET CONTROVERSES
Jean-Marc Drouin
ÊTRE MÉDECIN ET AMATEUR SOUS LES TROPIQUES
Gabriel Gachelin
DE L'HISTOIRE NATURELLE À L'ENVIRONNEMENTALISME : LES ENJEUX DE L'AMATEUR
Valérie Chansigaud
ETIENNE-LÉOPOLD TROUVELOT
OU L'AMATEURISME CATASTROPHIQUE
Alain Fraval
L'AMOUR AU BOUT DES DOIGTS
Le cinéma amateur et l'amateur de cinéma à l'épreuve de la révolution technologique
Jean-Michel Frodon
BRISSET, LE MATEUR DE MOTS
Jacques Demarcq
LA «CAUSE» DES SCIENCES CITOYENNES
Florian Charvolin
LE VIRUS CRITIQUE-DE-SCIENCE : COMMENT ÇA S'ATTRAPE ?
Jacques Testait
CYBERSCIENCES PARTICIPATIVES
UN NOUVEL ÂGE POUR LES AMATEURS ?
François Grey
PRATIQUES «AMATEURS» EN ASTRONOMIE
et transgression de la catégorisation scolaire entre scientifiques et non-scientifiques
Olivier Las Vergnas
LES SAVOIRS DES MALADES
PEUVENT-ILS ÊTRE TENUS POUR DES SAVOIRS AMATEURS ?
Emmanuelle Jouet & Olivier Las Vergnas
FRANCIS MASSE ET LA SCIENCE-FRICTION
Jean-Marc Lévy-Leblond
LE TEMPS DE L'AMATORAT
Bernard Stiegler
LES AUTEURS DE CE NUMÉRO
Extrait
PEINDRE ?
Marcel Alocco
À William Xerra
Et aux X qui le méritent
Si le travail de X me concerne,
c'est que d'une certaine façon les artistes d'une même génération butent sur les mêmes obstacles, franchissent les mêmes haies, ruminent les mêmes souvenirs - la rude tâche de s'assujettir le réticent ready-made, de maîtriser le all-over, de discipliner tout «objet mental» dans les limites de l'oeuvre espace toile et couleurs ouvertes infiniment à l'exploration,
c'est que les artistes aussi sont partis à la conquête de l'espace - tout le ciel, du bleu, du bleu, bleu, bleu, sans tuer les oiseaux, parce que la vie, le mouvement, E=MC2, tout tient symboliquement dans un petit fragment de surface, dans le pinceau actif, dans cette poussière colorée et collée que l'on nomme peinture, tout bouge et s'immobilise et pivote autour de la minuscule particule de matière solide d'une semence de tapissier,
parce que l'art est un mensonge grandeur nature (io mento)
que nous le savons depuis toujours,
depuis que nous avons entrepris de signer le geste dans la poussière, de tenter de le perpétuer dans la paroi rocheuse, depuis que le charbon de bois, la terre ocre, les oxydes et les jus, les pierres broyées déposées dans un ordre ou un désordre suscités marquent lieux et temps de l'humain, disent oui au mouvement, au survivre, au vivre mal, au vivre mieux, à la nuit des temps et des cavernes, au jour le jour du vécu et des feux de camp ou des feux de forges,
parce que ce mensonge est le doute contrarié devant chaque pas à faire, devant l'ignorance ancestrale et celle du lendemain, devant l'insondable scandale de la mort et l'absurde persistance de l'humanité à durer quoi qu'il advienne,
parce que toute création d'art est le déni obstiné de la réalité, que chaque marée vient détruire le château de sable qu'à grand effort - armés de nos seuls cerveaux et de nos faibles mains fragiles au froid, à l'eau, aux coupures, à l'usure, à la décomposition - minute après minute, heure après heure, jour après jour, nous nous évertuons à rebâtir, ce dont témoignent jusqu'au magma en fusion les couches géologiques accumulées, les bactéries et les dinosaures fossiles, jusqu'aux mammouths pris dans les glaces, que tout surgit de la pauvre matière, un petit tour, et puis s'efface sous la dernière couche qu'étale le pinceau,
et pourtant revient encore dans ce gribouillage dérisoire qui lentement s'ordonne et fait sens sous la main et dans les yeux avides de couleurs que l'enfant fait surgir sur le vide de la page qu'aucune blancheur ne saurait défendre longtemps, et malgré toute cette fragilité de la peau et des chairs c