«Pendant mes vacances, j'ai été agréablement
surpris de trouver à Angers (ville plutôt conservatrice
en dépit des événements récents) une construction
d'une hardiesse remarquable
1.»
C'est aux talents combinés d'un architecte
angevin méconnu, Roger Jusserand (1891-1964),
et du célèbre mosaïste rennais Isidore
Odorico (1893-1945) qu'Angers doit son immeuble le
plus original de l'entre-deux-guerres : la Maison
bleue. Derrière cette appellation intrigante se cache le «premier building» de la
ville construit entre 1927 et 1929 : 7 étages de béton armé intégralement recouverts
d'un masque de mosaïques bleues et ors ; probablement l'un des plus beaux décors
Art Déco composés en France.
Avec l'appui d'archives écrites et d'une iconographie importante,
l'ouvrage retrace les péripéties de l'aventure humaine, architecturale et artistique
mouvementée qui a présidé à la conception et à la réalisation de ce luxueux projet
immobilier, sans équivalent à Angers.
Derrière une façade audacieuse, l'organisation interne de la Maison bleue
est le reflet paradoxal des hésitations de la bourgeoisie angevine des années 20,
tiraillée entre le confort d'un passé douillet et les nécessités d'un avenir incertain.
Entre classicisme et modernisme, les ambiguïtés de cet immeuble étonnant
mettent en lumière les évolutions architecturales et urbaines du plus apprécié des
boulevards angevins. La Maison bleue est ainsi prétexte à observer les changements
du paysage urbain au XXe siècle : de l'hôtel particulier aristocratique du XIXe jusqu'à
la barre résidentielle des années 60-70, en passant par les déclinaisons locales des
immeubles de rapport haussmanniens.
1 Lettre de H. Bartle Cox, architecte anglais, à Roger Jusserand Paris le 24 novembre 1928. (ADML, 141 f 33).