"Vendredi 10 mai 1940 à la T.S.F. : les troupes allemandes ont franchi ce matin les frontières belge et luxembourgeoise ! je suis abasourdi et en laisse tomber mon marteau de couvreur au sol..."
Voici donc soixante-deux ans, jour pour jour, que basculait la vie de Gustave Sillard, jeune ouvrier de DUCEY, dans la Baie du Mont Saint Michel, qui va s'engager progressivement dans la Résistance locale, accomplissant les actes les plus simples et les plus anonymes (distribution de tracts, etc). ou les plus fous (vol d'un drapeau allemand !)
Cet acte aura pour conséquence d'obliger Gustave Sillard à quitter la région. Après avoir traversé la ligne de démarcation à Thenioux en Berry, il rejoindra l'Afrique pour ne revenir au pays qu'en janvier 1945.
C'est toute cette histoire que raconte ce toujours jeune octogénaire manchois qui passe une retraite active à Saint-Lô.
* avec émotion quand il apprend, l'une après l'autre, la disparition de ses amis, Louis Le Deodic, Louis Farcet, Pierre Guerin, Raymond Toupet, résistants comme lui, à qui il avait donné rendez-vous au Mont Saint Michel.
* avec précision, grâce aux notes prises au fil de ces années de guerre, précieusement conservées et qu'il publie aujourd'hui pour témoigner auprès des générations à venir..
* avec passion, enfin, pour un avenir meilleur fait d'intelligence et de tolérance, illustrées par la présence ci-dessous des photos de deux cimetières américain à Colleville-sur-Mer et allemand à La Chapelle-Enjuger.
Si nous avons volontairement choisi pour la couverture de ce livre une très belle photo d'un Mont Saint-Michel - légèrement embrumé et imprégné de marques de pas - de Patrick Courault, c'est non seulement pour symboliser le lieu du rendez-vous fixé par ces jeunes de 1940 - rendez-vous non pas manqué, mais tout simplement reporté... mais aussi parce que la leçon d'histoire de Gustave Sillard est éternelle comme le sont et le Mont Saint Michel et les valeurs qu'ils ont défendues au péril de leur vie.
Non seulement son histoire personnelle valait d'être contée et connue, mais elle doit, comme celle de ses amis disparus, servir d'exemple.
René Gautier Mai 2002