Il faudra bien que le psychanalyste paye le prix de sa tentative inouïe d'établir son champ ailleurs que chez Sade. Ce prix a un nom: le fantasme. L'événement Sade exigeait qu'il perde sa prétendue suprématie, pas seulement en psychanalyse. Lacan s'y employait. Mais plutôt discrètement, au point d'en venir à tirer son étude quasi à rebours de ce qu'elle indiquait. De là les malentendus dont "Kant avec Sade" n'a cessé d'être l'objet. Kant n'est avec Sade que le temps de s'apercevoir que, "plus honnête", la maxime sadienne (elle est de la plume de Lacan) écarte la réciprocité. Avec l'instrument Sade, pèse plus qu'un soupçon sur Kant. Qu'advient-il, ensuite, à ce Sade sans Kant? En remarquant que la production de l'oeuvre sadienne fut rendue possible par le fait que, dans sa vie, Sade était passé au-delà des limites constitutives de son fantasme, Lacan entend souligner que cette vie était réglée par la rigueur de sa pensée. Ici, silencieusement, Lacan flirte avec la lecture souverainiste de Sade proposée par Bataille, puis Blanchot - mais pour bientôt s'en écarter...