Sans le corps la vie n'est rien : elle a besoin de son enveloppe
et de tout un dispositif qui l'amène à être en lien avec son
environnement, à manifester ses états d'âme ou à porter son
esprit vagabond. C'est avec le corps que commence la liberté,
soit-elle individuelle, civile ou collective.
Aussi est-ce au corps que s'en sont pris les grands managers de
cette machine infernale que furent les camps de concentration
nazis. On y réduit la vie à sa plus simple expression. Elle devient
«ce qui reste» : des cadavres, des silhouettes amaigries faisant
toutefois preuve d'une créativité inouïe pour résister.
Les études présentées dans cet ouvrage nous montrent comment
s'est produite la réduction de l'autre, l'opposant politique, le
résistant, le Juif, l'homosexuel... à partir de son corps. Et chaque
fois se pose la question de ces consciences qui ont bien pu assister
à l'organisation de cet univers infernal ou la générer.
Observer et analyser ce qu'a pu être la déportation sous l'angle du
corps, nous a permis de comprendre que s'il est quelque chose
de concret, le corps est aussi ce à partir de quoi la nature devient
culture. Et s'en prendre à la culture, ennemie de la pensée unique
des totalitarismes, ce fut, dans ce contexte réduire les corps des
intolérés à des souffrances extrêmes ou à des morts horribles.