Présentation de l'éditeur
Dix-sept ans après la chute du mur de Berlin, Alfred Grosser met au point le nouveau portrait de l'Allemagne réunifiée. Cette Allemagne est-elle vraiment devenue «une» ? Qu'en est-il du poids de la mémoire du régime communiste s'ajoutant à celui, écrasant, du nazisme ?
Alfred Grosser aborde ici des questions essentielles comme les institutions politiques, les problèmes économiques, l'immigration ou encore l'insertion européenne en menant une comparaison critique avec la France. Il bouscule les idées reçues et détaille les réussites et les échecs de l'Allemagne de Berlin.
Spectateur engagé de la vie politique et sociale allemande, Alfred Grosser est connu pour son indépendance d'esprit. Professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris et président du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine, il est chroniqueur à Ouest-France et à La Croix. Ses travaux sur l'Allemagne font autorité : L'Allemagne de l'Occident (Gallimard, 1953), l'Allemagne de notre temps (Fayard, 1970), l'Allemagne en Occident (Fayard, 1985), Deutschland in Europa (1998).
Nouvelle édition augmentée d'Un bilan pour 2007
Extrait
Introduction L'Allemagne, autrement autre ?
Le 12 septembre 1990, le traité «2 + 4» est signé à Moscou. Les quatre puissances occupantes de 1945 - les États-Unis, l'Union soviétique, la Grande-Bretagne et la France - mettent un terme à «leurs droits et responsabilités concernant Berlin et l'Allemagne dans son ensemble» et acceptent que l'Allemagne unifiée dispose désormais de sa pleine souveraineté sur ses affaires intérieures et extérieures. Cette Allemagne est représentée par deux gouvernements, celui de la République fédérale d'Allemagne et celui de la République démocratique allemande.
Le 22 septembre 2002, tous les citoyens de l'État allemand réunifié sont appelés à élire leurs représentants au 15e Bundestag, l'Assemblée nationale de la République fédérale. L'État de R.D.A. n'existe plus depuis douze ans. Son territoire et ses citoyens font partie de l'Allemagne de Bonn dont la capitale a été transférée à Berlin.
Le traité de Moscou reposait sur une fiction. En effet, moins de deux semaines avant sa signature, un autre traité avait été signé, celui-là entre les deux États allemands, qui organisait l'unification par l'entrée (Beitritt) de l'État est-allemand dans celui de l'Ouest, donc sa disparition. Dans le «2 + 4», l'un des deux n'était en quelque sorte maintenu en vie que pour demeurer signataire.
De plus, le traité de Moscou constituait par lui-même une renonciation au principe que les Quatre - Etats-Unis, Grande-Bretagne et France d'un côté, Union soviétique de l'autre - avaient fermement maintenu jusqu'alors : les affaires de l'Allemagne en général et de Berlin en particulier étaient de leur responsabilité. Cette renonciation, le texte du traité l'affirmait fortement : désormais, l'Allemagne recouvrait sa souveraineté.