En juin prochain, les citoyens seront appelés aux urnes pour élire les
députés européens dans chacun des États membres de l'Union européenne.
À cette occasion, observateurs et acteurs de l'Europe ne manqueront
pas de rappeler l'importance pour la démocratie européenne de cette
élection au suffrage universel direct. Ils célébreront cette «Europe des
citoyens» dont les élections de 1979 ont constitué une première étape.
Ils rappelleront les «progrès» effectués depuis : élargissement géographique
du corps électoral, extension des droits électoraux, accroissement
des pouvoirs du Parlement, seule institution directement élue.
Par cette «pédagogie», ils tenteront de mobiliser les électeurs et
d'empêcher qu'ils ne cèdent à la tentation de l'abstention ou de la protestation.
Parviendront-ils à rallier les électeurs et à dissiper le souvenir
des résultats négatifs des référendums sur les traités européens ?
On peut en douter alors même que le peuple et son assentiment au
projet européen sont un souci constant au niveau européen. On ne
compte plus les réflexions menées pour mieux informer les citoyens,
aller à leur rencontre, s'ouvrir à eux, leur permettre de participer. Un
service entier de la Commission européenne scrute «l'opinion publique
européenne» et ses évolutions. Des organisations paneuropéennes,
non sans concurrence avec les élus, se posent en porte-parole de la
«société civile» et rivalisent d'ingéniosité pour élaborer des modes de
figuration et de participation du peuple européen.
Mais ces efforts pour appréhender le peuple européen n'empêchent pas
les malentendus, comme si ces formes de connaissance produisaient de
la méconnaissance. N'est-ce pas là une des clefs de compréhension du
hiatus grandissant entre les gouvernants et les gouvernés européens ?
Le dossier du prochain numéro de savoir/agir tentera de comprendre
comment ceux qui voulaient «rapprocher l'Europe des citoyens»
se sont finalement éloignés du peuple européen. Il explorera différents
instruments de connaissance du peuple, des dispositifs de participation
et les mesures de ses opinions. Il montrera combien le demos européen
reste pour les élites un peuple européen abstrait de ses conditions économiques
et sociales.