L'annonce en mars 1996 d'une transmission possible de l'ESB (encéphalopathie
spongiforme bovine) à l'homme, provoque une crise médiatique, scientifique et
politique. Si des mesures sont prises pour enrayer l'épizootie, pour vérifier la
transmission à l'homme et pour comprendre l'ESB, cette crise alimentaire rappelle
à chacun l'existence d'un danger en provenance de son assiette et déclenche une
chute massive des ventes de viande bovine. Les consommateurs, pour lesquels
l'ESB n'est autre que la vache folle, seront alors presque systématiquement
épinglés comme ayant cédé à la panique, à une peur irrationnelle. Toutefois, et
c'est l'objet de cet ouvrage, cette réaction peut être pensée sur un autre mode que
celui de l'irrationalité en référence à la théorie des représentations sociales. Celle-ci,
en abordant la façon dont les individus s'approprient la réalité au travers de
l'articulation des inscriptions individuelles et collectives, rend possible la
compréhension de leurs comportements et opinions en abandonnant l'idée
même d'irrationalité.
Cet ouvrage, fruit d'une dynamique de recherche collective, cherche à rendre
compte a posteriori de la façon dont les différents acteurs de la crise ont
appréhendé et se sont appropriés la vache folle. Pour ce faire, deux pistes ont été
suivies par les auteurs. Certains se sont centrés sur l'étude même de la
représentation de l'ESB. Ils se sont ainsi intéressés à son élaboration à partir des
écrits scientifiques publiés immédiatement après l'annonce de la transmissibilité
du prion pathologique à l'homme ; à son expression à partir de l'analyse
d'échanges internet concernant l'ESB ; à l'ESB en tant qu'événement
extraordinaire afin de saisir les représentations sociales sollicitées par ce type
d'événement. D'autres travaux ont abordé la présupposée irrationalité des
individus face à l'ESB en traitant de l'impact du chiffre dans l'information sur l'ESB
transmise au public et de l'articulation entre la pensée magique alimentaire et les
représentations sociales.