Que signifie «construire l'exemplarité» pour les
littéraires et les historiens ici réunis ? Prendre
l'exemple à la fois comme objet et comme méthode de
travail. Faire le partage entre le cas et l'exemple, entre
l'exemplum et l'exemplar, mais aussi déplacer et
réarticuler ces distinctions pour interroger les grands
récits exemplaires, mettre les constructions de l'histoire
littéraire et de la discipline historique en tension avec
l'histoire que font les textes de la période choisie
(XVIe-XVIIIe siècles), quand ils tiennent un discours sur
l'exemplarité.
Les études rassemblées dans ce volume s'intéressent à
l'histoire des catastrophes (pestes, incendies, guerres)
qui ont lieu devant Dieu mais que des hommes
rapportent, à l'histoire de ce qui semble échapper à
l'exemplaire (le monstrueux, le libertin, le mal) mais
fait d'autant mieux exemple, à la vie d'une sainte, la
geste d'un chevalier, l'éloge d'un artisan tailleur et
cordonnier. La sécheresse de l'archive y est confrontée
à l'historiette, l'histoire tragique aux mémoires du
temps, l'hagiographie du roi à son fantoche, le
naturalisme d'un philosophe à son esthétique. Des
pouvoirs et des tensions du récit se dégage l'idée que
certains groupes sociaux se construisent, à un moment
décisif, autour des figures exemplaires qui les
incarnent, comme certains savoirs au travers du cas qui
les met en question.