Contre la réduction du printemps 1968 à un monôme étudiant,
ce livre entend restituer l'épaisseur conflictuelle de ce qui fut
un des événements majeurs de l'histoire du siècle dernier. Pendant
huit semaines en effet, la société française connut un ébranlement
considérable : dans les universités évidemment, mais également dans
les usines et sur tous les lieux de travail, dans les campagnes enfin.
Il fallait par conséquent décentrer l'analyse au-delà des rives de la
Seine vers d'autres régions et envisager la multiplicité des acteurs de
ces épisodes : les étudiants comme les ouvriers et tous les salariés,
mais aussi les paysans, et bien évidemment l'État, qui n'est pas resté
impavide ; les organisations politiques et syndicales, au-delà du seul
mouvement ouvrier ; les répertoires d'action (les manifestations, les
grèves) comme les stratégies pour réprimer et/ou désamorcer la
conflictualité (élections et amnisties). Mais comprendre 68 suppose
aussi d'opérer une double mise en perspective : en situant ce
printemps dans une conflictualité séculaire d'une part, en regard des
mouvements de contestation qui secouent le monde d'autre part. Si
ce livre n'offre pas un récit du printemps, il permet en revanche de
mesurer combien ces huit semaines ébranlèrent la France.