Cela pourrait s'appeler «Naissance et vie d'un théâtre». Que ce soit à Paris, en banlieue ou
en province n'aurait, en l'occurence, qu'une importance secondaire et pourtant... Il en est du
théâtre comme de la vie d'un être humain ; l'environnement marque souvent ses premiers pas,
puis les étapes de son évolution, favorisant ou délitant son existence.
Le théâtre ne peut vivre - du moins une vie de création, de partage et de plaisirs - qu'en étant
en étroite symbiose avec le public. C'est en quelque sorte un pacte - loin de tout compromis opportuniste
- et un engagement mutuel. Cela implique, bien entendu, une capacité d'écoute, le respect
des opinions et critiques, et une volonté partagée de faire aboutir un grand projet culturel.
Telle est dans sa nudité la démarche de l'Arc-en-Ciel - Théâtre de Rungis, qu'expose avec
vigueur et conviction son directeur Jean-Jérôme Raclot, à l'occasion du vingtième anniversaire
d'existence de cette scène. Démarche qui transparait dans le journal de Claude Meunier et dans
le journal photographique de Cécile Philibert et Bastien Morin, lesquels ont élu domicile dans
le saint des saint, observant à chaud, jour après jour, durant une année entière, le quotidien de
ce théâtre.
On pourrait, à l'instar d'Aragon, appeler ce témoignage, écrit et photographié, avec un délicieux
humour «Roman / théâtre». Il semble toutefois plus juste de parler de «Chronique / théâtre»
où tout, absolument tout, trouve sa place : la programmation, la scène, les rencontres avant
et après, les contrariétés, les colères, les repas en commun, les rires et les grimaces, les rêves et
les déceptions, et l'immense plaisir du bon travail fait ensemble.
Et cela n'est déjà plus du théâtre, c'est la vie...