San-Antonio, l'auteur français le plus lu du XXe siècle, a vu son oeuvre
passer de l'état de bien culturel de grande consommation à celui d'une
sorte de trésor national, monument littéraire et linguistique entretenu
par une foule de thuriféraires. Plébiscité par les lecteurs, il a aussi
retenu l'attention de l'université, séduit la critique et captivé les médias.
Soixante ans après sa création et dix ans après la mort de l'auteur, la série
de ses aventures continue et les rééditions se succèdent.
Pourtant, sa place dans la culture française continue de faire débat. Au
delà de son statut de phénomène d'édition, la mesure de son importance
dans l'histoire culturelle de l'après guerre jusqu'à nos jours reste à
prendre. En 1965, le premier colloque qui lui fut consacré, dirigé par R.
Escarpit, l'abordait du point de vue d'une sociologie de la lecture, et en
tant que représentant de la «culture de masse». Quarante-cinq ans plus
tard, le colloque international qui s'est tenu à la Sorbonne du 18 au 20
mars 2010 envisage son oeuvre dans ses multiples rapports à la culture
française, tant populaire que lettrée.
Cet ouvrage rassemble les communications présentées dans ce cadre. Il
montre à la fois comment San-Antonio est devenu un héros (contre-)
culturel en France et une exception française à l'étranger, et comment
la série se nourrit de références intertextuelles et parodiques, de Rabelais
à Alphonse Allais, des anciens manuels de savoir-vivre à la littérature
pornographique. Il donne ainsi une perspective dynamique sur ses origines
et sur le contexte culturel dans lequel elle s'inscrit et sur lequel elle a à son
tour influé, tout en rappelant à quels titres San-Antonio, Bérurier et les
autres peuvent se targuer d'un caractère «épiquement français».