Les contrôleurs du métro font un travail
souvent méprisé - et il n'est pas rare que les
voyageurs (même en règle) les insultent ou les
menacent du regard... Pourtant, contre toute
attente, les contrôleurs disent avoir choisi ce
métier. Ils préfèrent cette activité au travail
de guichet (qu'ils surnomment le «bocal»),
perçu comme ennuyeux voire dégradant.
Pourquoi vouloir être contrôleur ?
Une sociologue a mené l'enquête, et rend
compte ici de son travail. On ne peut comprendre
le choix du contrôle, explique-t-elle,
sans faire appel à deux choses. Tout
d'abord, les agents du métro sont d'origine
modeste, et ils affirment là un certain désir
de revanche sociale. Ainsi seront-ils plus
cléments avec les voyageurs pauvres qu'avec
les «gens en costume», qu'ils verbalisent
avec une certaine satisfaction. Mais leur
choix s'explique aussi par le changement de politique
des entreprises de transport public depuis
les années 1980 : celles-ci sont désormais
soumises aux lois de la rentabilité, et le «voyageur»
devient un «client». Subséquemment,
au guichet, les agents affirment subir les
clients. Alors qu'au contrôle, l'agent passe
d'objet à sujet : il a le pouvoir de verbaliser,
donc celui de dominer le voyageur.
L'auteur nous dévoile ici les coulisses d'une
profession, éclairant d'un jour nouveau les
rapports de domination et parfois de violence
présents dans les grandes entreprises contemporaines.