La Survenance et l'Esprit
Vol. I : L'esprit et la causalité mentale
Le cerveau sécrète-t-il la pensée comme le foie sécrète la bile, ainsi que le soutenait le célèbre physiologiste et philosophe français Canabis à la fin du XVIIIe siècle ? Au moins depuis cette époque, jusqu'à l'essor actuel des neurosciences, la philosophie de l'esprit a connu différentes formes de réductionnisme visant à identifier notre vie mentale à des processus exclusivement physiques ou biologiques. Ces stratégies réductionnistes ont fait l'objet de vives critiques en raison de la représentation appauvrie qu'elles semblent offrir de l'esprit. Afin d'échapper au réductionnisme sans pour autant tomber dans l'ornière du dualisme de l'âme et du corps (comme chez Descartes), certains philosophes ont tenté d'élaborer différentes versions de matérialisme non réductionniste, en recourant notamment à la notion de « survenance ».
Dire qu'une propriété est survenante ou qu'elle survient sur une autre propriété signifie que la première est déterminée par la seconde sans pour autant lui être réductible. Introduite par Davidson dans le domaine de la philosophie de l'esprit, cette notion de survenance, qui présente l'avantage de concilier le caractère irréductible des phénomènes mentaux avec leur dépendance à l'égard des phénomènes physiques, a fait renaître l'espoir de ménager une place à l'esprit dans un monde fondamentalement matériel.
Dans ce volume, fruit de vingt ans de recherches philosophiques, Jaegwon Kim interroge cette notion de survenance et critique les théories qui reposent sur elle. Discutant avec une grande clarté de style la thèse du monisme anomal de Davidson, l'argument de la réalisation multiple de Putnam, le projet d'une « épistémologie naturalisée » de Quine ou encore le programme de naturalisation de l'intentionnalité de Dretske, l'auteur apporte ici une contribution majeure au débat contemporain sur la causalité mentale et la métaphysique de l'esprit.