Vous appréciez le goût de l'ananas, vous contemplez le bleu gris d'un ciel d'automne, vous
frissonnez au son du violoncelle. Toutes ces expériences conscientes accompagnent une
activité cérébrale. Notre cerveau traite en effet une foule d'informations en provenance du
monde extérieur et de notre propre corps. Mais à quoi bon ces expériences ? Pourquoi le
traitement de l'information ne se limite-t-il pas à guider notre comportement ? Pourquoi
faut-il que nous éprouvions de tels effets ? Est-il juste de réduire la conscience à l'activité
cérébrale ?
En recourant à de redoutables expériences de pensée (la possibilité des zombis, le spectre
des couleurs inversés, etc.), Chalmers montre que la conscience n'est pas susceptible d'une
explication réductionniste. Si l'on peut concevoir deux êtres physiquement indiscernables
ayant des expériences différentes, il est logiquement possible que la conscience ne soit
pas physique. Les sciences cognitives qui traitent de certaines fonctions de l'esprit comme
l'apprentissage ou la mémoire, ignorent les qualités sensibles que nous éprouvons. Par
conséquent, la conscience phénoménale ne se réduit ni à un ensemble de fonctions cognitives,
ni aux états cérébraux qui réalisent ces fonctions.
Mais une telle thèse est-elle recevable ? Ne serait-elle pas antiscientifique ? Non. La science
se définit non par son ontologie matérialiste, mais par sa volonté d'expliquer de la façon
la plus économique et la plus élégante possible l'ensemble des phénomènes de l'univers.
Le rejet du matérialisme n'implique pas le rejet du naturalisme, pas plus que celui des résultats
de la science. Car il faut bien plutôt tenir la conscience pour un élément fondamental
du monde - régi par des lois spécifiques et compatibles avec les données actuelles de la
science -, du même ordre que le temps, l'espace ou d'autres propriétés fondamentales.
Déterminer quelle place occupe la conscience dans l'univers est un défi qui nous oblige à
partir à la recherche d'une théorie fondamentale.