Le corps est l'un des objets d'étude qui suscitent aujourd'hui une
recomposition des sciences humaines et sociales. Encore traversée par
d'anciens débats autour des oppositions nature/culture, corps/esprit,
identité/genre, masculin/féminin, la réflexion contemporaine sur le corps
déplace ces catégories en élaborant de nouveaux objets d'études pour
mieux identifier, mieux cerner, mieux comprendre les enjeux actuels
de la corporéité.
L'interdisciplinarité est essentielle pour conjuguer et croiser les lectures
du corps comme pour décrypter et déconstruire ses écritures. Écrire
le corps propose à chaque auteur de réfléchir aux corps écrits dans
des contextes différents comme à son écriture du corps : d'où l'écrit-on
et comment, que prétend-on lui faire dire, que veut-on instituer à
travers lui, de quel objet s'agit-il ?
Une forme kaléidoscopique s'impose pour appréhender le corps qui,
par nature, subvertit tout discours. Corps en mesure, corps historicisé,
prisme de lecture de l'articulation du biologique et du social, autant
de corps pris dans les jeux de questions, de méthodes et de modèles
scientifiques. Mais aussi, corps incarné/désincarné écrit par les religions,
corps oeuvre pour chacun, corps construit par l'idéologie coloniale ou
corps cosmologie des Incas, sont matière informée par les pratiques
et les gestes, le langage, les croyances et les rites.
Au fond, qu'il s'agisse d'une perspective épistémologique sur l'écriture
du corps ou d'études traçant d'emblée des corps écrits, ce numéro les
conjugue et propose une géographie esquissée du champ corporel.