En tout ce qui ne tient pas au sexe, la femme est homme : elle a les mêmes organes, les mêmes besoins, les mêmes facultés [...].
En tout ce qui tient au sexe, la femme et l'homme ont partout
des rapports et partout des différences : la difficulté de les comparer
vient de celle de déterminer dans la constitution de l'un et de l'autre ce
qui est du sexe et ce qui n'en est pas. Par l'anatomie comparée, et
même à la seule inspection, l'on trouve entre eux des différences
générales qui paraissent ne point tenir au sexe ; elles y tiennent pourtant, mais par des liaisons que nous sommes hors d'état d'apercevoir :
nous ne savons jusqu'où ces liaisons peuvent s'étendre ; la seule chose
que nous savons avec certitude est que tout ce qu'ils ont de commun
est de l'espèce, et que tout ce qu'ils ont de différent est du sexe. [...]
Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral ; cette
conséquence est sensible, conforme à l'expérience, et montre la
vanité des disputes sur la préférence ou l'égalité des sexes : comme si
chacun des deux, allant aux fins de la nature selon sa destination
particulière, n'était pas plus parfait en cela que s'il ressemblait
davantage à l'autre ! En ce qu'ils ont de commun ils sont égaux ;
en ce qu'ils ont de différent ils ne sont pas comparables.
Jean-Jacques Rousseau