Antoine était un joueur.
Il jouait avec l'amour et s'inventait des histoires comme
un enfant. Des histoires d'amour virtuelles. Les femmes
étaient son obsession, sa déraison de vivre. Il avait créé -ce
qu'il appelait lui-même- un «laboratoire littéraire» dans le
sous-sol de son appartement. Univers virtuel qui régalait son
appétit vorace de découvertes et d'amours illusoires.
Il cherchait, puis décelait toutes les occasions de jouir afin
d'élaborer d'édifiantes aventures avec certaines, élues le
temps d'une histoire ou même pas. Elles toutes entraient sans
le savoir dans sa partie, ignorées pour d'aucunes au premier
chapitre de son livre tandis que d'autres mijotaient dans la
marmite de ses caprices. A la mesure de son désir, il avançait
ses pions, dessinait l'intrigue, abusant des mots avec une
prodigieuse exubérance.
Un après-midi de novembre, Antoine s'arrêta sur le portrait
de Julie...
Il serait utopique qu'elle ait pu deviner l'issue incroyable.
Que pouvait-il cependant naître de leur collision si ce n'est
l'insuffisance ou la folie ?
Avait-il quant à lui pressenti la dérive vers laquelle il
la mènerait ? Probablement pas. Antoine imaginerait,
construirait ou détruirait l'histoire selon sa fantaisie. Pourquoi
en aurait-il eu des scrupules puisque le roman qu'il écrivait,
il en était l'inspirateur, le metteur en scène et le personnage
principal...